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La minute philo

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La minute philo - "Quelle compétence a le plus d'avenir en entreprise ?" du 19 mai 2017

"Quelle compétence a le plus d'avenir en entreprise ?" On sait que dans l'avenir de nombreuses filières seront amenées à se renouveler plus vite. Car le changement caractérise les sociétés néolibérales où nous avons vous et moi pour « tâche d’améliorer sans cesse notre capital d’attitudes et de compétences » pour reprendre les mots de Foucault dans ses travaux sur le capitalisme. Or, ce n’est pas vraiment capitaliser que de faire dépendre notre compétence professionnelle d’une expertise, d’une technique, d’un savoir, d’une fonction qui seront pour la plupart voués à être si ce n’est dépassés, du moins retravaillés, repensés. Le rapport de l’Unesco intitulé La Philosophie, une école de la liberté montre combien « les qualifications qui seront toujours précieuses sont la capacité de réfléchir logiquement, indépendamment et d’une façon critique, et d’appliquer cette capacité à de nouveaux domaines ». Capitaliser sur les compétences de l’esprit favoriserait l’adaptabilité, la rigueur, la clarté, la curiosité, permettrait donc de gagner en autonomie et en transdisciplinarité. Des compétences moins appliquées, plus générales qui seront demain plus que jamais valorisées. Car le travail s'immatérialise dans les sociétés influencées par le numérique et l’informatique. L’économiste Yann Moulier-Boutang, avance une hypothèse assez vraisemblable selon laquelle l’immatérialisation progressive du travail provoque une chute de la valeur-travail au profit de la valeur-savoir. Si nous simplifions, nous dirions que vaut aujourd’hui plus que jamais l’idée, le concept, le savoir : les compétences de l’esprit quoi. Et je crois bien que la philosophie par nature sommée de produire du sens, du concept et toute discipline participant du développement de la réflexion et de l’esprit critique, peuvent répondre à l’exigence de cette économie cognitiviste dans laquelle ce qui importe, ce qui vaut, c’est l’idée et donc la valeur de l’esprit. En plus l’investissement y est nécessairement récompensant. Ce qu’on y développe ne peut nous être retiré. Même donné, nous l’avons encore. Aucune perte. Pas de précarité de l’entreprise de l’esprit. Aucun licenciement possible si ce n’est celui de la vie, de la maladie. Cerise sur le gâteau : le savoir y est illimité. A consommer sans modération donc et avec appétence la compétence globale de l’esprit, qu’il fait d’autant plus sens de promouvoir dans un contexte changeant à l’obsolescence programmée de nombreux secteurs, filières, spécialités dans l’avenir. Ainsi est mon éthique de conduite : L’esprit est la plus durable des entreprises.